saison de paroles

20 juillet 2010

lectures de juillet

Le mois n'est certes pas terminé, mais risque de se révéler très productif (ou lectoratif si je puis dire). J'ai commencé quelques bouquins, certains me tombent des mains et d'autres, bien que très intéressants n'ont pas donné lieu à des excavations de citations.

Petit aperçu, non encore exhaustif.

Botchan, Natsumé Sôseki, 1906

botchan

Cet ouvrage est aussi célèbre et populaire au Japon que son auteur. A travers les confidences d'un jeune professeur de mathématique, rigide, obstiné et en butte à un monde qu'il ne comprend pas, Sôseki témoigne de la vie d'un petit collège de campagne. dans ce panier de crabes, Botchan se retrouve vite empêtré, incapable de saisir la subtilité des relations humaines et du langage. sa position au sein de l'humanité s'exprime d'ailleurs clairement dans une scène qui le place dans sa pension de famille. Il entend en effet tous les soirs son propriétaire chanter des dialogues de théâtre. Botchan est absolument incapable de comprendre pourquoi on rend ainsi des textes, si clairs à l'écrit, incompréhensibles à travers une déclamation bizarre. L'information que nous transmettons par le langage est rarement apparente immédiatement, mais emballée dans un discours, une gestuelle et un lexique plus ou moins élaboré. Ce n'es tpas faire preuve de rouerie que d'agir de la sorte mais juste d'une certaine compréhension des moeurs. Je n'encourage pas la manipulation, je m'identifie même souvent à Botchan dans son dénuemment face à la méchanceté et la mauvaise foi, je ne peux cependant complètement verser dans l'attachement au personnage. S'il se présente comme courageux, il l'est en effet en dertaines circonstances, il a pourtant tendance à tout prendre avec une gravité assomante.

le récit reste cependant agréable à lire, pour les jeunes profs qui auraient encore de sillusions sur le métiers même si ça me paraît extraordinaire d'être aussi "oie blanche".

Le sentiers des nids d'araignées, Italo Calvino, 1947

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c'est toujours un plaisir de retrouver le talent de conteur de Calvino. Sans parvenir à la féérie retrouvée du conte fabuleux et merveilleux du Chevalier inexistant ou du Vicomte pourendu, ce roman de jeunesse contient déjà les ferments d'une écriture agréable et facile, qui cache des thèmes dont la simplicité révèle en même temps la profondeur.

bon, ça veut rien dire tout ça; le plaisir de la lecture est curieusement une des choses que j'arrive le moins à exprimer d'où la mièvrerie maladroite qui caractérise encore mes écrits sur les livres que j'ai lu. Disons d'une certaine façon que la médiocrité de ma plume ne peut que révéler d'autant mieux le talent du vrai créateur d'histoire auquel je tente de dédier un hommage.

Miss Harriet, Guy de Maupassant, 1884

maupassant

ce que je dis au sujet de Calvino prend une couleur innattendue au moment de parler de ce recueil de nouvelles du célèbre habitué de nos collégiales ennuités. parce que mon esprit ne s'occupe que de quelques sujets à la fois, au grès d emes obsessions les plus épéhémère, il lui est venu un parallèle étonnant avec Palais de glace de Vesaas, dont j'ai peu parlé jusqu'à présent mais sur lequel j'ai beaucoup réfléchi.

l'un des thèmes de prédilection de Maupassant est la persécution des faibles, des sans-défense par la ligue des autres. Avant même de revêtir la pelisse du bouc émissaire, ce faible, est avant tout un sujet de moqueries, de taquineries plus ou moins cruelles, bouffon avant que de périr en victime sacrificielle. Or, dans le roman pourtant plein de gavité et d'ombres du Norvégien, j'ai fait le constat pour moi étonnant d'une société au contraire soucieuse et respectueuse de ce lui de ses membres le plus vulnérable. à un macrocosme de jungle et de loups s'est tout à coup substitué une communauté sans haine et sans vengeance. Ce que Maupassant a mis en relief pour moi c'est une sorte de conditionnement moral à compter l'acharnement sur le faible comme une constante naturelle de la société, comme un trait profond et inaliénable du comportement. Est-ce assez étonnant de justement s'étonner d'une histoire qui met en scène non pas une situation scandaleuse mais banale, normale, acceptée comme fatale plutôt que du spectacle révoltant de curées minables à l'encontre des canards boiteux? Le dyptique de lecture que forment pour moi ces deux oeuvres est un miroir très dérangeant, qui nourrit encore mes interrogations sur les valeurs matérialiste et "réalistes" que véhiculent la civilsation et dont je me nourris le plus naturellement du monde.

deuxième point sur ce recueil et qui concerne plus son intérêt littéraire. Je trouve décidemment le style de Maupassant très limpide. Les débuts de ses nouvelles surtout sont vraiment admirables et très amusants à observer: dans leur façon de planter le décor et de bien choisir ses termes ils parviennent à condenser le reste de l'histoire, à donner une clé d'avance. Pour moi, c'est simplement très beau et certaines nouvelles du recueil m'ont pas mal émue et il s'agit de celles attendues ( parce que j'ai rien qu'un gros caramel mou à la place du palpitant): Miss Harriet, l'Idylle, En voyage et la Mère Sauvage.

les premières lignes de Miss Harriett fait partie de ceux qu'on relit avec un beau sentiment d'étrangeté et surtout l'impression de voir l'écriture "comme si le silence était un mur et les mots destinées à le couvrir" (Les Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar). de Nombreux peintres, dont le conteur de l'histoire de la vieille Miss anglaise,  parsèment ces nouvelles et leurs prêtent de la lumière et des compositions contemplatrices de tableaux. L'incipit ici fait flotter deux ambiances, l'une à la suite de l'autre; la première installe un air de fin de nuit, masculin, de mentons râpeux, de bruns terreux mais par dessus lequel éclot lentement le début de l'aube, plein du mystère pâle de jeune fille... Le reste de la nouvelle reproduit, ou mieux incarne, cette naissance du monde au nouveau jour en distillant dans la vie du peintre jeune et insouciant, ce filtre de mort et de mélancolie, cet amour de jeune fille fânée de cinquante ans. Bon, j'm'meballe, mais c'est du p'tit lait, vraiment.

l'Idylle est un curieux petit bijou, au trèèèèès fort relent mythique puisque le sein ( enfin, les deux doudounes) nourrissier en est le centre. la nouvelle m'a bien dûr rappelé la dernière pages des Raisins de la colère même si au final, seule l'idée et non le propos s'y rattache. Quand Steinbeck dramatise et embiblifie sa scène, Maupassant livre une très belle scène, sobre et efficace. Nourrir au sein un homme traqué par la faim est un acte de compassion chrétienne et de révolte sociale chez Steinbeck; il s'agit très clairement d'un tableau de Vierge à l'enfant. Chez Maupassant, la portée de geste est à la fois plus ancré dans le quotidien, presque le trivial (appeller par dérision ce texte l'Idylle) est plus universel: il parle en premier lieu de la faim et du désir, évoque symboliquement les inégalités de richesses, la résolution des problèmes de société par la coïncidence ironique des aspirations du Vide à se remplir et des aspirations du Plein à se vider et finalement, focalise le regard sur le geste, sans interprétation. Bref, c'est des lolos, de l'ambiguïté et du symbole en pagaïe.

La nouvelle En voyage m'a plue par la certaine pudeur sous le sceau de laquelle une belle histoire d'amour est évoquée. En faisant de cet amour muet un récit enchâssé, on se rend compte que la déperdition d'éléments essentiels, propres à la re-transmission des mots, permet de préserver un feu trop rare, trop précieux, trop noble pour l'audience. Amour muet donc, dont l'indicibilité se traduit par l'incapacité finale d'une auditrice à le qualifier, comme si nul des vivants triviaux du wagon n'était digne de l'entendre, de l'atteindre. l'écart se creuse entre l'histoire initiale, qui se ressent très clairement comme un récit, comme une fiction, et ses récépteurs: on peut ainsi clairement appréhender, comme du dehors, n'importe quelle relation de lecteur par rapport au texte qu'il lit: la participation émotionnelle qui induit pourtant une exclusion ontologique. J'ai lâché les gros mots, aussi, je vais passer à la suite.

dans la Mère sauvage, le sentiment du discours enchâssé a eu pour moi un peu moins d'importance; il n'a fait qu'accentuer la gravité et la solennité de la situation, tout en atténuant en diable la puissance du sentiment évoqué. En ce point essentiel, le complexe émotionnel élémentaire, cette nouvelle rejoint la précédente. l'éloigner dans le corps du récit en l'enchâssant le sacralise, en fait un objet sûr plutôt qu'un atiome crochu d'illusion participative...  autre chose et pour conclure sur cette nouvelle; ce que j'ai trouvé particulièrement émoivant n'était pas tant ce propos d'une mère qui perd son fils et se venge symboliquement sur ceux des autres mais plutôt la victoire terrible de cette même femme illétrée, qui est décrite comme fermée, sans rire, sérieuse, décrite comme un chaos primordiual, sans forme et sans verbe et qui, dans la nuit,sur la blancheur de la neige, écrit un monumental hurlement de feu. Point de rencontre fracassante de la puissance dévastatrice de son émotion et de l'impuissance de sa manifestation ( elle se maîtrise, pleure à peine, ne laisse rien paraître), la Mère Sauvage S'EXPRIME, et de façon très spectaculaire. toute la tension entre son être donné et l'incommensurable chagrin qui l'écrase jaillit sous haute pression et c'est cet hértoïsme borné et muet que j'ai admiré ici.

allez, je vous fous la paix sur Maupassant! et comme j'adore détruire un effet grandiloquent, je vous laisse en compagnie de:

lapins_cr_tins

DAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!

L'Anté-peuple, Sony Labou Tansi, 1983

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J'ai découvert cet auteur en achetant un exemplaire de la Vie et demi, honteusement bradé à quelque branlante planche sur tréteau de quelque honteux libraire. retournons l'argument vite fait avant de passer au reste; honte à moi acheteuse d'oeuvres au rabais cause du déclin de l'industrie livresque par sa frileuseité pécuniaire. l'Anté-peuple donc... Epoustouflant, sombre dans le propos et dans l'écriture, d'un genre de poésie goudronneuse, à y laisser toutes les plumes du scepticisme, à y perdre ses airs blasés, parce que c'est tout simplement GRAND. à tel point, que je m'étourdis de rage: pourquoi n'en ai-je pas entendu parler plus tôt, pourquoi Beaudelaire et pas Tansi?! Pourquoi ai-je si longtemps vécu dans cette infamie de l'ignorance, galérienne des même vieux vers momifiés dans leurs années scolaires, alors qu'une vigueur à peine visible sous le poid du talent attendait son tour derrière la porte? S'il ne fallait qu'un auteur pour porter les études secondaires littéraires vers la francophonie, ce serait lui.

bon, le blog a encore planté et j'ai perdu ici tout un paragraphe de franche expression de désespoir. Je disais mon grand dénuement face à cette oeuvre dont j'espère un jour pouvoir connaître les plus intimes beautés aussi, lisez l'Anté-peuple, et revenez m'en parler. Viiiite!

sony_labou_tansi

et en plus il est mort! pouah, y'a pas d'justice des fois.

Les grandes journées, extraits de la Révolution française, Jules Michelet

Nan, j'ai pas viré frappée à me lancer dans l'épopée micheletienne comme ça: c'est au programme. donc, ce petit billet pour témoigner: je me suis un peu frotter à la prose de cet auteur, irritée par endroit, intéressée à d'autres mais en tout cas disposée à en entendre un peu plus sur ce sujet: la justification de la révolution française. Certes les oeuvres à lire sont irrationnellement longues (plusieurs tommes chaque fois) alors qu'un de petites précisions ne m'auraient pas parues incensées, je nen reste pas moins impatiente de commencer à réfléchir à cette question qu'on peut aisément rapporcher de thèmes très contemporains; manipulations médiatiques d'expression des faits pour mieux construire l'Histoire, pour nourrir une idéologie, pour manipuler le chalant.... à plus Jules!

Alice au pays des merveilles, Lewis Caroll, 1875

alice

Dire qu'il m'a fallu tant d'années avant de lire cette petite célébrité! Et encore, je ne me suis pas encore penchée sur la suite. Ce voyage grotesque nous entraîne dans le rêve éveillé d'une petite fille raisonnable dans un univers qui ne l'est pas du tout. popularisé par le film de Disney mais redécouvert dans les années soixante pour ses vertus psychédéliques, on se sent étrangement familiers avec les personnages et ça fait donc du bien d'enfin les recontrer "en personne."Extraits:

"Pourquoi tant de chagrin?" demanda-t-elle au griffon [...]" tout est dans son imagination: elle n'a aucun chagrin vous savez. Venez!"

"je suis tout à fait d'accord avec vous, dit la Duchesse, et la morale de tout ceci est: "soyez ce que vous sembleriez être" ou si vous vouliez le formuler plus simplement... " ne vous imaginez jamais ne pas être autrement que ce qu'il pourrait apparaître aux autres que ce que vous fûtes ou auriez pu être, ne serait pas autrement que ce que vous aviez été et leur serait apparu autrement."

le " connais-toi toi-même" socratique est renvoyé dans les cordes quantique du soi!

La Séduction, Knut Faldbakken, 1985

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Entamé mais non encore achevé ( de lire), ce roman commence par la banale histoire d'amour entre un quinqua et une lycéenne. de ce point de vue là, le récit est pratiquement sans intérêt pour moi; certains dispositifs sont mis en place qui m'ont paru maladroits et artificiels, comme de tisser l'univers refuge forestier du narrateur ou d'évoquer la séduction à travers la statuette du Pan séduisant un éphèbe. dans le fond, le procédé en vaut un autre et pourrait très bien fonctionner mais quelque chose manque. peut-être la traduction ne permet pas des subtilités de langages qui auraient rendu le tout moins artificiel.

cependant, et c'est un peu après ce passage que j'en suis, un épisode du passé du narrateur permet de mettre en lumière de façon subtile sa relation à un autre personnage central. Ca m'a surpris, puis fait réfléchir, et permis de lire ce passage comme une métaphore originale. Je finirais donc ce livre, en espérant qu'il tienne cette maigre promesse même si le redoute l'enlisement sans poésie d'une obsession d'homme pour la jeunesse et la sexualité. Extrait:

"Les frais et tremblotants rayons du soleil de septembre tombent en oblique sur ma table de travail. Je le laisse palper mon visage puis faire naître derrière les paupières une danse de sang. Et je me retrouve plongé dans la luxuriance de l'été commençant, la luxuriance de la nature, la luxuriance des corps et des sentiments contre lesquels il n'existe aucune protection."

L'ange noir, Antonio Tabuchi, 1991

tabucchi

PRESQUE fini, livre qui cherche l'originalité dans ses choix narratifs qui restent convaincants même si j'ai un peu l'impression que ces différents dispositifs prennent trop de place dans l'histoire. Du coup, pour se justifier, certains passages sont inutilement alourdis et expliqués ( le mérou: pourquoi ne pas laisser le fantastique ou plutôt le réalisem magique prendre simplement cette apparition en charge?). M'enfin, c'est sympa tout de même. Extraits:

"[...| Tu étais une autre personne, comme c'est drôle, mais la mémoire est restée dans la personne que tu es aujourd'hui."

" Et ainsi tu t'assieds, tu allumes une cigarette, tu regardes le cavalier de bas en haut, son cheval qui, dans les lobes profonds de ses yeux, porte la même stupeur et la même tristesse que son cavalier, et tu dis: je t'en prie, qu'est-ce que tu dois me dire?"

La Beauté, tôt vouée à se défaire, Yasunari Kawabata, 1963

kawabata

Comme j'aime cet auteur énormément et que je veux étudier une de ses oeuvres pour mon mémoire, j'ai eu envie de relire cette nouvelle ( précédée de celle du Bras) afin de me replonger dans son ambiance très particulière de nostalgie, d'étonnement et de beauté. Je n'ai pas relevé de citations en particulier et ressens toujours une sensation étrange, hantée, quand je lis ses histoires. toujours une très belle tristesse et une pensée juste dont on peut admirer la sobriété dans sa correspondance avec Mishima que j'ai pu parcourir.

ces deux nouvelles précède le court roman que je veux étudier, les Belles endormies, un chef-d'oeuvre qui a atteit sa plénitude au cours d'un murissement en tryptique presque dérangeant. Les obsessions funestes des personnages peuvent nous choquer ou nous toucher dans des atmosphères fantastiques. Ces histoires de nuit ont le fantasme de la femme endormie comme point commun, le fétichisme de ces corps inconscients, proches mais comme innaccessible, tel le " passé resplendissant".

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12 juillet 2010

français à foison

AHA! je viens de retrouver la preuve que je ne lis pas qu'exclusivement des auteurs étrangers, morts et enterrés depuis plus de trente ans! Bon certes, la plupart sont morts, mais du moins figurent-ils tous au programme de notre chère Education Nationale Française.

Il n'y a pas de raison a priori de discriminer un auteur selon son état civil, que ce soit par rapport à sa nationalité ou son sexe. je dois pourtant bien reconnaître chez moi une méfiance discriminatoire vis-à-vis des artistes français ( et même francophones...) et pour les filles. Une démonstration de sexisme incroyable, qui m'étonne moi-même, je me traiterais bien de goujate si j'en connaissais les causes profondes.

mais trève de crin-crin, voici quelques extraits de lecture savoureux, tirés de mes archives personnelles:

La vie de Marianne, Marivaux, 1745

marianne

" Il s'en allait, et moi je restais; il me semble que la condition de ceux qui restent est toujours plus triste que celle des personnes qui s'en vont. S'en aller, c'est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les gens qui demeurent; c'est elles que vous quittez, qui vous voient partir, et qui se regardent comme délaissées (...) plus sensibles qu'ailleurs."

J'ai beau avoir lu le package complet de la vie de Marianne, ( même les continuations par un autre auteur) je ne m'en rappelle plus grand'chose. C'est déjà extraordinaire que j'ai pris la peine de noter une citation d'un livre imposé en classe. Je me rappelle juste un arrière goût de théâtre et un certain charme de la langue.

Epitaphe, François Villon

villon

Aussi titré "ballade des pendus", ce poème célèbre de Villon inspira les poètes et chanteurs modernes, de Rimbaud à Ferré. Tout le poème est remarquable, mais je garderai seulement le refrain qui m'a touchée:

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Bah ouais, c'est con ce sentimentalisme mais c'est comme ça; cette prière de rédemption est sans doute un leitmotiv des plus banals de la littérature chrétienne mais pour le coup, ça m'a semblé simple et sincère. Donc je le note.

L'amour charnel, Henri Deluy, 1994

Je ne sais pas qui est cette personne. Je viens de découvrir (merci wiki) qu'il vivait et écrivait toujours. Une rareté donc même si j'ai croisé sa plume dans un recueil de poèmes dont je me suis débarrassé depuis longtemps. Le propos est simple, convenu et a donc le mérite de dire en peu de mots le cheminement essentiel de la littérature; aller vers le silence.

Casser ce que le mot croyait dire de sa vérité

Prendre les mots un à un, non pas dans la solitude:

Dans l'isolement - Ecrire de ne plus écrire.

L'Immoraliste, André Gide, 1902

gide

On ne présente plus Gide. De ma part, c'est plutôt de la lassitude à éplucher Internet pour fournir une biographie qui ne m'intéresse pas. Je n'ai pas aimé ce livre, peut-être devrais-je lui redonner une chance. Gide ne fait pas partie de mon panthéon des auteurs, juste de mes fréquentations hygiéniques avec la littérature française, pour n'être pas totalement larguée en cours.

"Dès avant d'arriver, je reconnus soudain l'odeur de l'herbe; et quand j'entendis de nouveau tourner autours de la maison les cris des hirondelles, tout le passé soudain se souleva, comme s'il m'attendait et, me reconnaissant, voulait se refermer sur mon approche."

Le hussard sur le toit, Jean Giono, 1951

hussard

je croyais qu'il ne s'agissait que d'un film, que je n'ai pas vu d'ailleurs, jusqu'à ce que je tombe sur un exemplaire. je l'ai lu comme un film de divertissement. les descriptions de l'été écrasant sont très réussies et m'ont plus charmée que l'histoire même si c'était..; ben... divertissant.

" C'est une belle économie de moyen que de n'avoir plus qu'à diriger des terreurs toutes prêtes."

" Et quand je dis amour, je dis aussi et surtout haine car c'est un sentiment bien plus fort à cause de son incontestable sincérité."

juste un moment de flip à la mention des cochons dévorant les cadavres de cholériques morts: la même scène se déroulait déjà, mais sur un champs de bataille, dans une nouvelle de Ambrose Bierce tirée d'Owl Creek et j'ai un instant cru à un topoï macabre sur les moeurs porcines qui ne me ferait plus jamais regarder mon jambon de la même manière. Passé ce sentiment d'étrangeté où deux oeuvres se sont percutées en un même point focal, le reste du roman s'est très bien déroulé.

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline, 1932

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J'aime énormément ce célèbre livre de Céline. Pour le citer correctement, je devrais le recopier de la première à la dernière ligne. Je me contenterais de certaines seulement:

" La tristesse du monde saisit les êtres comme elle peut, mais à les saisir, elle semble parvenir presque toujours."

"Mais quand on est faible ce qui donne de la force, c'est de dépouiller les hommes qu'on redoute le plus, du moindre prestige qu'on a encore tendance à lui prêter."

"Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu."

l'Herbe Rouge, Boris Vian, 1950

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Encore très populaire de nos jours, je lis Vian surtout parce qu'il fait parti de ma To Read List de la parfaite littéraire. Non pas qu'il m'indiffère,- certaines de ses trouvailles poétiques sont extraordinaires-, mais lire ses livres me donne l'impression qu'il expérimente la langue pendant l'écriture même pour trouver la bonne formule, celle qui marquera. Comme si, en nous servant un plat au restaurant, on nous récitait la recette dans les moindre détails. Auteur intéressant donc, mais un peu trop laborieux à mon goût.

" J'ai toujours pu résister à mes désirs (...) mais je meurs de les avoir épuisés..."

"Dieu ne sert plus à rien quand c'est des hommes que l'on a peur."

Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, 1831

hugo

Ce ne sont pas mes jappements de roquet qui effriteront le socle du Dieu des Lettres françaises. Je mets cet extrait pour l'acte de bravoure: qu'est-ce que j'ai pu me marrer en lisant ce livre! Il s'est passé 10 ans entre le moment où j'ai commencé à le lire et celui où j'ai pu le finir. Ca en valait presque la peine: je ne connais pas vraiment Hugo malgré sa stature; un certain dieu taquin s'étant penché sur mon pupitre à l'heure où je tâchais de fautes mes copies de français, il m'a comme épargné de ce géant redoutable. J'ai trouvé dans ce livre un grand nombre de poncifs romantiques, sûrement nés avec lui mais l'âge n'aidant pas, ils m'ont paru atrocement vieillots et convenus. Ajoutons à cela un pavé confit de latin à tous les étages qui acheva de me rendre l'oeuvre grotesque.

"Car ne crût-on rien, il y a des moments dans la vie où l'on est toujours de la religion du temple qu'on a sous la main."

quasimodo

allez, pour me faire pardonner mon blasphème, je mets deux images.

Le rideau cramoisi, in Les Diaboliques, Barbey d'Aurevilly, 1874

barbey

" La veille d'un être humain, 'ne fût-ce qu'une sentinelle-, quand tous les autres sont plongés dans cet assoupissement qui est l'assoupissement de l'animalité fatiguée, a toujours quelque chose d'imposant."

Parce que ça me fait pensé à ce que Mishima écrivait sur les néons accentuant la solitude des grandes villes...

" Le roman creuse bien plus avant que l'Histoire. il a un idéal, et l'Histoire n'en a pas: elle est bridée par la réalité."

parce que c'est mignon de fausse naïveté...

Jacques le fataliste et son maître, Diderot, 1765-1784

jacques

"Tous dans cette maison nous avons peur les uns des autres, ce qui prouve que nous sommes tous des sots."

Jolie formule de l'humanité que la peur de l'altérité et le territorialisme rend stupide et méfiante.

La guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux, 1935

troie

On m'a dit récemment ( merci et félicitations à certaine nouvelle CAPESsienne de mon entourage!) qu'on ne considérait pas Giraudoux comme un dramaturge mais plutôt comme un romancier. Ca tombe bien; j'étais troublée par mon admiration pour ses pièces, moi qui déteste le théâtre. Je ne lis pas cette pièce comme une pièce mais bien comme un roman; je fais pareil avec le Roi se meurt de Ionesco et je ne m'en porte que mieux.

"Ce que les hommes de l'art découvrent au prix de grands efforts paraît futile à plus experts qu'eux."

aah... l'histoire de ma vie et de mes enthousiasmes puérils.

"Les nations comme les hommes meurent d'imperceptibles impolitesses."

grandiose dans la justesse de sa dérision.

La vie devant soi, Romain Gary, 1975

gary

Je ne vais pas revenir sur l'imposture littéraire de ce livre. Je me contenterais de déclarer mon admiration pour l'oeuvre de cet auteur, dont je n'ai pour l'instant lu que trop peu d'oeuvres. Comme pour Céline, j'aimerais tout noter tant la langue et les images sont justes et belles.

"Il n'y a rien de plus contagieux que la psychologie."

"Les souvenirs ne peuvent pas lever les yeux."

"Quand on a envie de crever, le chocolat a encore meilleur goût que d'habitude."

Amen!




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03 juillet 2010

la fête du cinéma

C'est la première année que je participe à cet événement et j'en ai bien profité. Si j'ai pu voir du bon et du moins bon, au moins un avantage certain s'est très vite profilé: les salles fraîches et obscures. J'avoue qu'en été, une bonne partie de mon plaisir cinéphile vient de la température des salles, dans un univers intime dépourvu de clim'.

mais comme j'apprécie aussi les films, petit tour d'horizon des oeuvres visionnées!

 

L'illusionniste, Sylvain Chaumet, d'après un scénario de Jacques Tati, 2010

l_illusionniste

bon, ça commence assez mal cette liste. j'ai été très déçue par ce film entre autre parce que je suis une fan des Triplettes de Belleville et que si je reconnais la qualité du visuel, je n'ai pas du tout accroché à l'histoire; Sans doute mon ennui vient de ma méconnaissance du cinéma de Tati mais quoiqu'il en soit, je ne me suis pas attaché aux personnages, l'histoire m'a parue trop minimaliste et sans grand intérêt. En soi, n'importe quel sujet peut être choisi comme postulat de départ à une oeuvre de fiction, celui de l'Illusionnisre en vaut tout à fait un autre, mais quelque chose dabns la présentation et le développement de l'intrigue n'arrive pas à démarrer. Les clichés s'accumulent et n'aident pas à renouveler le propos.

techniquement donc, quasiment un sans faute. l'image et les couleurs sont belles, l'animation fantastique et la mise en scène fluide. je mettrais cependant un bémol sur une des scènes de la fin, -c'est dommage de partir sur cette impression-, qui m'a fait gémir: le travelling "arrière tourbillonnant" qui part du lapin dans la garrigue pour voltiger au-dessus de la ville. l'effet emphatique et spectaculaire contredit  le ton intimiste de l'histoire et use de la 3d dans un film qui utilise principlament la 2D avec plus de bonheur; par comparaison, de telles prise de vue ont un intérêt et une beauté significatives dans Tekkonkinkret où la ville est elle-même un personnage et où le travail des dessinateurs est époustouflant et méritait un tel hommage.

Un film d'animation attendu qui à mon sens n'égale pas son prédécesseur en originalité, humour et poésie. 

 

AIr Doll, Hirozaku Kore-Eda, 2009

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Arf, encore une déception, mais de plus grande amplitude au regard de la durée du film, presque trois heures, et du supplice que ce fut d'arriver au bout. une fois encore, le postulat de départ était bon et aurait pu donner lieu à un développement intéressant. La naïveté du personnage principal, la poupée gonflable qui devient vivante et découvre le monde, est crispante et suscite plus l'envie de baffer que la compassion. néanmoins techniquement c'est une réussite, mais l'histoire prend trop son temps et aurait pu faire l'économie de nombreuses scènes de rencontres entre la poupée et les autres personnages qui n'apportent strictement rien au propos. 

Tournée, Mathieu Amalric, 2010

 

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Je confesse le peu d'attention que je prête au cinéma français contemporain. En fait, non; je ne m'y intéresse pas du tout. et pourtant, j'ai adoré Tournée ( mais les trois-quart du casting est américain...) essentiellement grâce aux personnages féminins. Elles dégagent une telle pêche et une telle créativité euphorique que j'envie leur liberté et leur force. Quant à Mathieu Amalric, ça doit être la première fois que je le vois dans un film et il s'y montre très convaincant. La présence de quelques dialogues "prise de tête inutiles" n'a pas suffit à me faire lever les yeux au ciel ( je n'apprécie pas l'affectation). 

Splice, Vincenzo Natali, 2009

 

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Puzzle, Natalia Smirnoff, 2010

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24 juin 2010

les films de juin

Du très bon ce mois-ci. Donc en sortie ciné comme en DVD, mes coups de cœur de fin de printemps!

Citizen dog

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une belle petite galerie: un ours en peluche accro à la nicotine et à l'amour, un motard zombi tué par une pluie de casques, une montagne de bouteille à plaqtique dans une ville où tout le monde porte une queue invisible au derrière...

Petit up pour cet excellent film vu récemment, Citizen dog, réalisé par Wisit Sasanatieng en 2004. Ce conte est frais, déjanté, délirant, un peu à la Amélie Poulain (c'est après tout une histoire d'amour à la couleur très particulière), plein d'humour et l'occasion de dérouler une fresque de personnages attanchants, souffrant de tics invraisemblables...

Summer Wars

Alors, LA grosse bonne surprise en animé, c'était SUMMER WARS, le week-end dernier. Un pur bonheur , divertissant, drôle, très rythmé et au visuel magnifique. Scénar assez conventionnel, parfois très prévisible mais bon, ça fait partie des charmes du genre. Chaque élément introduit dans l'histoire sera utilisé, même les liserons du kimono qui font référence à la fleur fétiche de la grand-mère...
Et un clin d'oeil à Tekkonkinkret sur la fin.

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Le site officiel, c'est par ici.

En DVD, mise à jour des classiques du cinéma avec les Sept samouraïs (1954) d'Akira Kurosawa.

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Oeuvre fondamentale de l'histoire du cinéma, adaptée par John Sturge en 1960 sous le titre Magnificent Seven, ce fut pour moi non seulement l'occasion de m'esbaudir une fois encore sur le génial talent de ce réalisateur mais aussi de découvrir Toshiro Mifune dans le rôle d'un jeune chien fou, follâtre, sournois et élément comique du film. Cet acteur m'avait habituée à des performances toutes en dignité, en tension retenue. Ses coups de folies étaient ceux d'hommes puissants et tragiques, rongés par une sorte de démence aristocratique ( comme dans le Chateau de l'araignée ou L'Idiot.) et rarement ses éclats m'apparaissaient comme ceux d'humains ordinaires écrasés par un destin trop lourd.

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d'un autre côté, faire la nouille sous une passoire... ouais, ouais j'me tais...

Takashi Shimura reste quant à lui égal à lui-même, toujours un petit rictus sympathique et teintée d'une ironie amicale en coin. le mot de la fin est pour lui et rappelle, comme la dernière scène de Sanjuro le caractère dramatique et dérisoire de la violence.

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bon, là il le fait pas trop son rictus mais quelle...euh.... intensité!

On va croire que je ne regarde que des films japonais. MAIS QUE NENNI!

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... y'a aussi du taïwanais! L'autre jour c'était YI-YI, une belle œuvre tranquille qui prend son temps pour psalmodier le quotidien et les errements du famille ordinaire. Ce film d'Edward Yang reçoit en 2000 le prix de la mise en scène au festival de Cannes est une oeuvre de poésie tranquille, où de grands vides s'étendent entre les membres de cette famille. le père, la fille et le fils affronte chacun seul son histoire faite de défi et de doute. présence inconsciente et silencieuse autour de laquelle gravite ce petit monde, la grand-mère dans le coma à qui on fait des confidences...

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Toujours dans la joie et la légereté.... Freaks!

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Longtemps oublié du grand public, Freaks est depuis les années soixante célébré comme l'un des plus grands films du cinéma. Il met en scène des bêtes de foires; des gens nés avec des malformations, nains, homme-tronc, femme à barbe... mais pour mieux révéler que les vrais monstres sont parfois ceux qui le paraissent le moins. La puissance de ce film est qu'il ne tombe pas dans l'anecdotique ou la provocation. il marque son respect de l'être humain, sous toutes ses formes, en ne gommant ni sa solitude ni ses mauvais penchants. Beaux et laids rampent tous dans la même boue et sont tour à tour bourreaux et victimes...

Freaks a été réalisé par Tod Browning en 1932.

Et pour quelques plumes ( roses) de plus...

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Priscilla, Queen of the desert! Oh, My God, what a movie! des sentiments plus ou moins convenus mais un charme dévastateur et ce malgré l'évidente maladresse des acteurs à se déhancher en talons aiguilles. Terence Stamp qui interprète Bernadette est tout simplement sublime et représente assez étrangement une femme qu'on aimerait devenir pour son courage et son sens de la réparti ( et son coup de genou aussi). Une aventure rafraîchissante dans l'enfer du bush australien ( et un accent merveilleux pour compléter sa collection de parlers du commonwealth).
Priscilla a été réalisé par Stephan Elliot en 1994.

Mads, I Love You!

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Les bouchers verts de Anders Thomas Jensen, 2004

Une des meilleures comédies qu'il m'ait été donné de voir. Mads Makkelsen est décidemment en passe d'entrer dans mon panthéon à deux places de mes acteurs préférés. Que ce soit dans ce film d'humour noir ou dans Adam's Apples où il incarne le même type de personnage, il se montre tout simplement génial. Il incarne ici Svend, un boucher perfectionniste et obsessionnel, abandonné depuis longtemps par le sens de la réalité et qui donc s'en conçoit une sur mesure, qui justifie le meurtre et le débitage des chagrins qui perturbent son monde et qui feront le régal des clients de la boucherie sous le nom de "volaillettes en marinade".Si Soleil vert avait un petit frère embarrassant qui bave et qui rigole bêtement, ce serait lui. 

à voir donc aussi: Adam's Apples, de Anders Thomas Jensen, 2006 (on ne change pas une équipe qui gagne!)

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23 juin 2010

Lectures de juin

Contes et fabliaux du XIII et XIVème siècle

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C'est toujours amusant de se plonger dans ce type de littérature. Tout d'abord, ça ne parle presque que de cul. Ce n'est partout que phallus qui poussent et adultères amants-dans-le-placard. Presque toujours cruels, le rusé met les rieurs de son côté en trompant le simple et le lourdaud. Alors que les morales, quand elles sont explicitent, mettent à l'index les femmes adultères et manipulatrices ( dans la majorité des histoires) on ne peut que remarquer, en seconde analyse, que c'est ce type de personnage, à l''instar de Renart, qui emportent la sympathie et qu'on admire pour leur  finesse et leur talent à rouler leurs  maris dans la farine.

autre point admirable de ces petites histoires c'est leur localisation dans les manuscrits: ils sont écrits en marge des romans de chevalerie ou courtois et étaient donc destinés au même public. On y lit en effet un certain mépris des basses classes sociales et une inversion des valeurs de la fin'amore. Le critique russe Mikhaïl Bakhtine faisait état de cette inversion du monde qu'on observait les jours de carnaval et qui permettaient de "lâcher" la vapeur entre les tensions des différents groupes sociaux du moyen-âge à la Renaissance.

voir: L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, 1965, Gallimard.

Palais de glace, Tarjei Vesaas

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Ce n'est que le deuxième roman de cet auteur que je lis et je suis décidément entièrement sous le charme de sa poésie et de son obscurité. une des scènes du livre représente parfaitement la littérature de Vesaas: Unn, la petite fille prisonnière du palais de glace est allongé sur la glace du lac gelé et regarde le fond. Elle perçoit un mouvement dans les profondeurs de la vase; ans doute un poisson effrayé par sa silhouette. Le lecteur se retrouve comme elle devant l'œuvre de cet auteur norvégien, à fixer l'obscurité de son propre cœur pour y voir bouger, avec inquiétude, des sentiments venus du fond des temps. Ce livre délicat nous parle du deuil de l'amour, des perceptions indicibles entre les êtres et de l'envoûtante beauté d'un PAlais de Glace sous une cascade.

à lire aussi de Tarjei Vesaas: Le Germe

 

Black Boy, Richard Wright


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Ce roman autobiographique paru en 1945 a permis aux auteurs noirs américains d'accéder pour la première fois à la connaissance du public. S'il décrit son enfance de jeune noir pauvre dans les états du Sud, ce roman gagne à mon sens ses lettres de noblesse par la sensibilité de l'auteur, analysant son éveil au monde, à la "faim de la pensée" et par ce regard d'être infiniment sensible et différent dans un univers hostile. Parce qu'il ne s'agit pas d'un livre de haine, de rancoeur ou de sociologie pure mais du récit d'une enfance qui se découvre une âme, Black Boy a une portée universelle, En 1956 se tenait à la Sorbonne le premier Congrès noir qui réunit des intellectuels et des artistes noirs de toutes origines. Le but d'une telle assemblée était à l'origine de définir une cohésion, d'affirmer une sorte de fraternité mais les dissidences culturelles et personnelles entre les participants révéla plutôt qu'il n'existe pas UNE littérature noire. Un auteur haïtien, américain ou africain n'aura bien évidemment pas la même culture, le même discours ni le même rapport au monde.Un point important qui fut soulevé: les écrivains noirs ont-ils "l'obligation" morale d'écrire sur la condition des noirs? Peut-on écrire une oeuvre en tant qu'écrivain noir sans aborder la question raciale? Black boy trouve peut-être une sorte de compromis dans l'utilisation de l'autobiographie et le parcours décrit par Wright. Certes, il n'est pas possible de dissocier sa vie de la condition des noirs dans le sud des Etats-Unis des années trente mais l'autre enjeu central de l'oeuvre est bien l'éveil à la beauté et à l'intelligence. 

Une très bonne oeuvre, à l'écriture fluide, mais difficile par les violences décrites tant physiques que morales.

Tokyo Montana Express, Richard Brautigan

Cette oeuvre est un ensemble de textes courts, de rêverie au sujet de petits événements du quotidien. Certains passages concentrent toute leur intensité sur une minuscule pensée. Si par une nuit un voyageur regardait par le fenêtre du Montana-Tokyo il apercevrait brièvement voltiger deux flocons de neige, un sinistre menu de prison, des truites et des femmes mystérieuses, engloutis tous aussitôt comme les gares de passage. Avec humour et poésie, Brautigan monte en drame à trois actes une simple histoire d'ampoules grillées et se demande parfois si les écoles primaires ne disparaissent pas dans la voie lactée. Il n'y a pas de langage surnaturel dans Tokyo-Montana Express, pas au sens de Vian, mais " les petits mots qui s'aiment" révèle la magie dans les plus infimes particules de notre réalité. Le regard de l'écrivain réenchante le monde, met à nu sa beauté et sa perversité et nous invite également à considérer être et objets familiers avec la même tendresse indulgente. 


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En bandes dessinées, je suis "obligée" de faire une sélection sinon y'en aurait jusqu'au mois prochain. Donc, les meilleurs:

Same difference, Derek Kirk Kim:

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J'ai tellement aimé cette bande dessinée que je l'ai immédiatement achetée! ( bon, son prix est très abordable ce qui détermine encore hélas mes achats). Il n'empêche que ce noir et blanc est un petit bijou d'humour où on retrouvera peu ou prou le même type de conversation mi-philosophique mi-déconnante qu'on peut tenir avec ses meilleurs amis. On se sent donc très proche des personnages, aussi imparfaits soient-ils et qui abordent des questions comme la culpabilité avec finesse et drôlerie. 

 

Notes pour une histoire de guerre, Gipi

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Promis, dès que je suis en fond, je cours m'offrir ce chef-d'oeuvre! Tout est juste dans ce livre; les personnages, le scénario, le cadrage, le dessin... de quoi pétrifier d'admiration. Noir et blanc à l'encre, contraste très maîtrisé pour un récit difficile où on suit le parcours de trois jeunes livrés à eux-mêmes dans une contrée en guerre, vaguement européenne et contemporaine. Sous le feu de la mafia, de l'ambition et de la peur leur amitié se gangrène inexorablement et tombe à terre comme un membre mort. La seule vérité sera les rêves de l'un d'entre-eux, prémonitoires et cependant inutiles et dérisoires.

 

Gon, Tanaka

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Quel album de Gon décrire?  c'est toujours une merveille! si le schéma des histoires reste semblable, le dessin est quant à lui époustouflant. Tanaka s'est spécialisé dans le dessin animalier mais ses planches sont bien plus dynamiques et puissantes que n'importe quel reportage où le commentateur ronronne quelques platitudes zoologique sur un plan fixe d'antilope broutant un pissenlit. Gon est plus qu'une créature lézardesque, force indestructible, inarrêtable, bâfrant et tatanant tout sur son passage, il semble également générer un véritable champ de force autours de lui provoquant la détermination et la combativité des autres animaux qu'ils croisent ( quand il ne les mord pas sauvagement). L'amitié, la sieste, la bouffe et plus largement le plaisir sont ses motivations principales et l'entraînent dans de grandes et de petites aventures empreintes de drôlerie et de tendresse.

NonNonbâ, Shigeru Mizuki

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Lauréat du prix du meilleur album à Angoulême, Nonnonbâ n'a pas besoin de mon enthousiasme pour se faire mousser. Ce long récit est somptueux de finesse et 400 pages c'est franchement trop court en compagnie de Nonnonbâ la grand-mère  et de ses Yôkai déjantés. Nous suivons le jeune Shigé-san, figure rêveuse de l'auteur;  dans son quotidien de bagarres de rue entre bandes qui "jouent à la guerre" et d'épreuves initiatiques: le deuil, la consolation par l'imagination, l'injustice, la violence, l'amitié. 

Château l'attente, Linda Medley

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Jacques a plein d'ami, Libon

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Occupations du moment

Outre la traversée longue et ennuyeuse de mon stage, je travaille en ce moment à toutes sortes de scénarios. Comme j'ai été acceptée au stade d'écriture de scénario de court-métrage, je dois dare-dare finir d'écrire celui sur lequel je vais travailler! Ca parle de la manie qu'on a de ne plus voir le monde qu'à travers des cadres ( écrans, fenêtres...) et de l'abandon de ceux qui n'entrent justement pas dans ces cadres....
Sinon globalement, c'est vers la BD que je travaille le plus encore que je trouve difficilement du temps libre. Du coup, je lance sur le papier tout un tas d'histoires, de croquis et de personnages qui restent quelques jours sans attention à cause de l'arrivée des petits frères et petites sœurs.
J'ai un temps commencé à travailler sur Fishy, où trois groupes de personnages évoluent parallèlement jusqu'à se rencontrer. mon préféré est celui des poissons d'aquarium qui philosophent sur le sens de l'univers du fond de leur bocal et l'ange Théo Rêve qui conduit un bibliobus en sirotant un thé étrange...
Le chantier plus important en ce moment est Jalapenos, une BD adulte, longue, dont je soigne tout particulièrement les réflexions et les enjeux. Ca me fait du coup une cité tentaculaire dans la tête, l'univers qui se forme autours de cette histoire s'enrichit chaque jour et pourra donner lieu, un jour, à plusieurs albums de tons et de sujets très variés.

je dois aussi finir les Comptes de Noël, histoire trash de père Noël tuberculeux massacré à la chevrotine. L'idée est de dissocier le plus possible les encarts écrits de ce que montre l'image et de m'essayer à l'humour noir.
Il y a aussi la Flûte, livre pour enfant au sujet d'un joueur de flûte amoureux de la musique et qui ne peut plus jouer. En effet, chaque fois qu'il produit une note avec son instrument, il se met à sourire jusqu'aux oreilles et ne peut donc plus souffler correctement...
Ah, là,là! Il y a aussi le Bouc d'Appel, histoire courte que j'ai beaucoup de mal à écrire. Le niveau symbolique est très délicat à intégrer dans une narration, surtout en 4 pages, limite que je me suis imposée car plus serait trop pour un si petit propos. Je compte faire dans cette histoire le parallèle entre les boucs d'appel, animaux "employés" des abattoirs chargés de guider les autres à la mort, façon mouton de Panurge mais en plus sinistre.
Dans la même veine, je réfléchis à une histoire intitulée provisoirement Peeble où un personnage découvre la banale monstruosité qui l'habite.
Et finalement, j'aimerais un jour écrire une adaptation BD du roman Palais de glace de Tarjei Vesaas qui est un bijou de poésie, de délicatesse et de profondeur.

That's all folks! Mes neurones ont maintenant besoin de leur ration de caféine pour fonctionner jusqu'à la prochaine heure!




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21 juin 2010

The Building, Will Eisner

Citations tirées de la préface de cette bande dessinée du très justement célèbre bédéaste américain, Will Eisner.

"Les vieux immeubles ne sont pas à nous. Il appartiennent, pour partie, à ceux qui les ont construits, et pour partie aux générations d'hommes et de femmes qui viendront après nous. Les morts ont encore des droits sur eux: ce pourquoi ils ont travaillé."

"Il n'est pas possible qu'ayant partagé des vies, {les structures des immeubles} n'aient pas de quelque façon absorbé les radiations de l'interaction humaine."

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L'été, Albert Camus

Je ne mettrais pas toutes les citations qui m'ont frappées dans cet ouvrage magnifique et je me contenterais des plus importantes pour le moment.

"Le désert lui-même a prit un sens, on l'a surchargé de poésie. pour toutes les douleurs du monde, c'est un lien consacré. Ce que le coeur demande à certains moments, au contraire, ce sont justement des lieux sans poésie."

"Je crois du moins que les hommes n'ont jamais cessé d'avancer dans la con,science qu'il prenaient de leur destin. Nous n'avons pas surmonté notre condition, et cependant nous la connaissons mieux. Nous savons que nous sommes dans la contradiction, mais que nous devons refuser la contradiction, et faire ce qu'il faut pour la réduire."

"Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l'esprit; même si la force prend pour nous séduire le visage d'une idée ou du confort."

"Eschyle est souvent désespérant; pourtant il rayonne et réchauffe. Au centre de son univers, ce n'est pas le maigre non-sens que nous trouvons, mais l'énigme, c'est-à-dire un sens qu'on déchiffre mal parce qu'il éblouit."

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La prochaine fois le feu, James Baldwin

Citation extraite de Lettres à Jimmy (2007) de Alain Mabanckou.

"J'imagine que si les gens s'accrochent à leurs haines avec tant d'obstination, c'est en partie parce qu'ils devinent que lorsque la haine disparaît, on n'a plus affaire qu'à la souffrance."

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Suor, Jorge Amado

Jorge Amado est un auteur brésilien (1912-2001). Suor a été publié en 1934 et peut se lire comme une lente mais inexorablement montée de la révolte de la misère face à l'injustice, la pauvreté, la faim et l'écrasement. C'est aussi un très bon livre.

"Elle n'était pas coupable. C'était ce qu'on avait fait d'elle. Elle chercha en elle-même un geste de révolte et, comme elle ne le trouvait pas, elle se jeta sur le lit pour dormir."

"Le soleil claquait sur les tuiles. La moiteur faisait mal comme des coups de poings poisseux. Elle envahissait la soupente et les gens. Linda s'étira sur le lit, écartant les jambes. une envie molle de choses inconnues s'emparait d'elle."

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