Contes et fabliaux du XIII et XIVème siècle

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C'est toujours amusant de se plonger dans ce type de littérature. Tout d'abord, ça ne parle presque que de cul. Ce n'est partout que phallus qui poussent et adultères amants-dans-le-placard. Presque toujours cruels, le rusé met les rieurs de son côté en trompant le simple et le lourdaud. Alors que les morales, quand elles sont explicitent, mettent à l'index les femmes adultères et manipulatrices ( dans la majorité des histoires) on ne peut que remarquer, en seconde analyse, que c'est ce type de personnage, à l''instar de Renart, qui emportent la sympathie et qu'on admire pour leur  finesse et leur talent à rouler leurs  maris dans la farine.

autre point admirable de ces petites histoires c'est leur localisation dans les manuscrits: ils sont écrits en marge des romans de chevalerie ou courtois et étaient donc destinés au même public. On y lit en effet un certain mépris des basses classes sociales et une inversion des valeurs de la fin'amore. Le critique russe Mikhaïl Bakhtine faisait état de cette inversion du monde qu'on observait les jours de carnaval et qui permettaient de "lâcher" la vapeur entre les tensions des différents groupes sociaux du moyen-âge à la Renaissance.

voir: L'œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, 1965, Gallimard.

Palais de glace, Tarjei Vesaas

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Ce n'est que le deuxième roman de cet auteur que je lis et je suis décidément entièrement sous le charme de sa poésie et de son obscurité. une des scènes du livre représente parfaitement la littérature de Vesaas: Unn, la petite fille prisonnière du palais de glace est allongé sur la glace du lac gelé et regarde le fond. Elle perçoit un mouvement dans les profondeurs de la vase; ans doute un poisson effrayé par sa silhouette. Le lecteur se retrouve comme elle devant l'œuvre de cet auteur norvégien, à fixer l'obscurité de son propre cœur pour y voir bouger, avec inquiétude, des sentiments venus du fond des temps. Ce livre délicat nous parle du deuil de l'amour, des perceptions indicibles entre les êtres et de l'envoûtante beauté d'un PAlais de Glace sous une cascade.

à lire aussi de Tarjei Vesaas: Le Germe

 

Black Boy, Richard Wright


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Ce roman autobiographique paru en 1945 a permis aux auteurs noirs américains d'accéder pour la première fois à la connaissance du public. S'il décrit son enfance de jeune noir pauvre dans les états du Sud, ce roman gagne à mon sens ses lettres de noblesse par la sensibilité de l'auteur, analysant son éveil au monde, à la "faim de la pensée" et par ce regard d'être infiniment sensible et différent dans un univers hostile. Parce qu'il ne s'agit pas d'un livre de haine, de rancoeur ou de sociologie pure mais du récit d'une enfance qui se découvre une âme, Black Boy a une portée universelle, En 1956 se tenait à la Sorbonne le premier Congrès noir qui réunit des intellectuels et des artistes noirs de toutes origines. Le but d'une telle assemblée était à l'origine de définir une cohésion, d'affirmer une sorte de fraternité mais les dissidences culturelles et personnelles entre les participants révéla plutôt qu'il n'existe pas UNE littérature noire. Un auteur haïtien, américain ou africain n'aura bien évidemment pas la même culture, le même discours ni le même rapport au monde.Un point important qui fut soulevé: les écrivains noirs ont-ils "l'obligation" morale d'écrire sur la condition des noirs? Peut-on écrire une oeuvre en tant qu'écrivain noir sans aborder la question raciale? Black boy trouve peut-être une sorte de compromis dans l'utilisation de l'autobiographie et le parcours décrit par Wright. Certes, il n'est pas possible de dissocier sa vie de la condition des noirs dans le sud des Etats-Unis des années trente mais l'autre enjeu central de l'oeuvre est bien l'éveil à la beauté et à l'intelligence. 

Une très bonne oeuvre, à l'écriture fluide, mais difficile par les violences décrites tant physiques que morales.

Tokyo Montana Express, Richard Brautigan

Cette oeuvre est un ensemble de textes courts, de rêverie au sujet de petits événements du quotidien. Certains passages concentrent toute leur intensité sur une minuscule pensée. Si par une nuit un voyageur regardait par le fenêtre du Montana-Tokyo il apercevrait brièvement voltiger deux flocons de neige, un sinistre menu de prison, des truites et des femmes mystérieuses, engloutis tous aussitôt comme les gares de passage. Avec humour et poésie, Brautigan monte en drame à trois actes une simple histoire d'ampoules grillées et se demande parfois si les écoles primaires ne disparaissent pas dans la voie lactée. Il n'y a pas de langage surnaturel dans Tokyo-Montana Express, pas au sens de Vian, mais " les petits mots qui s'aiment" révèle la magie dans les plus infimes particules de notre réalité. Le regard de l'écrivain réenchante le monde, met à nu sa beauté et sa perversité et nous invite également à considérer être et objets familiers avec la même tendresse indulgente. 


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En bandes dessinées, je suis "obligée" de faire une sélection sinon y'en aurait jusqu'au mois prochain. Donc, les meilleurs:

Same difference, Derek Kirk Kim:

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J'ai tellement aimé cette bande dessinée que je l'ai immédiatement achetée! ( bon, son prix est très abordable ce qui détermine encore hélas mes achats). Il n'empêche que ce noir et blanc est un petit bijou d'humour où on retrouvera peu ou prou le même type de conversation mi-philosophique mi-déconnante qu'on peut tenir avec ses meilleurs amis. On se sent donc très proche des personnages, aussi imparfaits soient-ils et qui abordent des questions comme la culpabilité avec finesse et drôlerie. 

 

Notes pour une histoire de guerre, Gipi

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Promis, dès que je suis en fond, je cours m'offrir ce chef-d'oeuvre! Tout est juste dans ce livre; les personnages, le scénario, le cadrage, le dessin... de quoi pétrifier d'admiration. Noir et blanc à l'encre, contraste très maîtrisé pour un récit difficile où on suit le parcours de trois jeunes livrés à eux-mêmes dans une contrée en guerre, vaguement européenne et contemporaine. Sous le feu de la mafia, de l'ambition et de la peur leur amitié se gangrène inexorablement et tombe à terre comme un membre mort. La seule vérité sera les rêves de l'un d'entre-eux, prémonitoires et cependant inutiles et dérisoires.

 

Gon, Tanaka

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Quel album de Gon décrire?  c'est toujours une merveille! si le schéma des histoires reste semblable, le dessin est quant à lui époustouflant. Tanaka s'est spécialisé dans le dessin animalier mais ses planches sont bien plus dynamiques et puissantes que n'importe quel reportage où le commentateur ronronne quelques platitudes zoologique sur un plan fixe d'antilope broutant un pissenlit. Gon est plus qu'une créature lézardesque, force indestructible, inarrêtable, bâfrant et tatanant tout sur son passage, il semble également générer un véritable champ de force autours de lui provoquant la détermination et la combativité des autres animaux qu'ils croisent ( quand il ne les mord pas sauvagement). L'amitié, la sieste, la bouffe et plus largement le plaisir sont ses motivations principales et l'entraînent dans de grandes et de petites aventures empreintes de drôlerie et de tendresse.

NonNonbâ, Shigeru Mizuki

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Lauréat du prix du meilleur album à Angoulême, Nonnonbâ n'a pas besoin de mon enthousiasme pour se faire mousser. Ce long récit est somptueux de finesse et 400 pages c'est franchement trop court en compagnie de Nonnonbâ la grand-mère  et de ses Yôkai déjantés. Nous suivons le jeune Shigé-san, figure rêveuse de l'auteur;  dans son quotidien de bagarres de rue entre bandes qui "jouent à la guerre" et d'épreuves initiatiques: le deuil, la consolation par l'imagination, l'injustice, la violence, l'amitié. 

Château l'attente, Linda Medley

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Jacques a plein d'ami, Libon

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