AHA! je viens de retrouver la preuve que je ne lis pas qu'exclusivement des auteurs étrangers, morts et enterrés depuis plus de trente ans! Bon certes, la plupart sont morts, mais du moins figurent-ils tous au programme de notre chère Education Nationale Française.

Il n'y a pas de raison a priori de discriminer un auteur selon son état civil, que ce soit par rapport à sa nationalité ou son sexe. je dois pourtant bien reconnaître chez moi une méfiance discriminatoire vis-à-vis des artistes français ( et même francophones...) et pour les filles. Une démonstration de sexisme incroyable, qui m'étonne moi-même, je me traiterais bien de goujate si j'en connaissais les causes profondes.

mais trève de crin-crin, voici quelques extraits de lecture savoureux, tirés de mes archives personnelles:

La vie de Marianne, Marivaux, 1745

marianne

" Il s'en allait, et moi je restais; il me semble que la condition de ceux qui restent est toujours plus triste que celle des personnes qui s'en vont. S'en aller, c'est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les gens qui demeurent; c'est elles que vous quittez, qui vous voient partir, et qui se regardent comme délaissées (...) plus sensibles qu'ailleurs."

J'ai beau avoir lu le package complet de la vie de Marianne, ( même les continuations par un autre auteur) je ne m'en rappelle plus grand'chose. C'est déjà extraordinaire que j'ai pris la peine de noter une citation d'un livre imposé en classe. Je me rappelle juste un arrière goût de théâtre et un certain charme de la langue.

Epitaphe, François Villon

villon

Aussi titré "ballade des pendus", ce poème célèbre de Villon inspira les poètes et chanteurs modernes, de Rimbaud à Ferré. Tout le poème est remarquable, mais je garderai seulement le refrain qui m'a touchée:

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

Bah ouais, c'est con ce sentimentalisme mais c'est comme ça; cette prière de rédemption est sans doute un leitmotiv des plus banals de la littérature chrétienne mais pour le coup, ça m'a semblé simple et sincère. Donc je le note.

L'amour charnel, Henri Deluy, 1994

Je ne sais pas qui est cette personne. Je viens de découvrir (merci wiki) qu'il vivait et écrivait toujours. Une rareté donc même si j'ai croisé sa plume dans un recueil de poèmes dont je me suis débarrassé depuis longtemps. Le propos est simple, convenu et a donc le mérite de dire en peu de mots le cheminement essentiel de la littérature; aller vers le silence.

Casser ce que le mot croyait dire de sa vérité

Prendre les mots un à un, non pas dans la solitude:

Dans l'isolement - Ecrire de ne plus écrire.

L'Immoraliste, André Gide, 1902

gide

On ne présente plus Gide. De ma part, c'est plutôt de la lassitude à éplucher Internet pour fournir une biographie qui ne m'intéresse pas. Je n'ai pas aimé ce livre, peut-être devrais-je lui redonner une chance. Gide ne fait pas partie de mon panthéon des auteurs, juste de mes fréquentations hygiéniques avec la littérature française, pour n'être pas totalement larguée en cours.

"Dès avant d'arriver, je reconnus soudain l'odeur de l'herbe; et quand j'entendis de nouveau tourner autours de la maison les cris des hirondelles, tout le passé soudain se souleva, comme s'il m'attendait et, me reconnaissant, voulait se refermer sur mon approche."

Le hussard sur le toit, Jean Giono, 1951

hussard

je croyais qu'il ne s'agissait que d'un film, que je n'ai pas vu d'ailleurs, jusqu'à ce que je tombe sur un exemplaire. je l'ai lu comme un film de divertissement. les descriptions de l'été écrasant sont très réussies et m'ont plus charmée que l'histoire même si c'était..; ben... divertissant.

" C'est une belle économie de moyen que de n'avoir plus qu'à diriger des terreurs toutes prêtes."

" Et quand je dis amour, je dis aussi et surtout haine car c'est un sentiment bien plus fort à cause de son incontestable sincérité."

juste un moment de flip à la mention des cochons dévorant les cadavres de cholériques morts: la même scène se déroulait déjà, mais sur un champs de bataille, dans une nouvelle de Ambrose Bierce tirée d'Owl Creek et j'ai un instant cru à un topoï macabre sur les moeurs porcines qui ne me ferait plus jamais regarder mon jambon de la même manière. Passé ce sentiment d'étrangeté où deux oeuvres se sont percutées en un même point focal, le reste du roman s'est très bien déroulé.

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline, 1932

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J'aime énormément ce célèbre livre de Céline. Pour le citer correctement, je devrais le recopier de la première à la dernière ligne. Je me contenterais de certaines seulement:

" La tristesse du monde saisit les êtres comme elle peut, mais à les saisir, elle semble parvenir presque toujours."

"Mais quand on est faible ce qui donne de la force, c'est de dépouiller les hommes qu'on redoute le plus, du moindre prestige qu'on a encore tendance à lui prêter."

"Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu."

l'Herbe Rouge, Boris Vian, 1950

vian

Encore très populaire de nos jours, je lis Vian surtout parce qu'il fait parti de ma To Read List de la parfaite littéraire. Non pas qu'il m'indiffère,- certaines de ses trouvailles poétiques sont extraordinaires-, mais lire ses livres me donne l'impression qu'il expérimente la langue pendant l'écriture même pour trouver la bonne formule, celle qui marquera. Comme si, en nous servant un plat au restaurant, on nous récitait la recette dans les moindre détails. Auteur intéressant donc, mais un peu trop laborieux à mon goût.

" J'ai toujours pu résister à mes désirs (...) mais je meurs de les avoir épuisés..."

"Dieu ne sert plus à rien quand c'est des hommes que l'on a peur."

Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, 1831

hugo

Ce ne sont pas mes jappements de roquet qui effriteront le socle du Dieu des Lettres françaises. Je mets cet extrait pour l'acte de bravoure: qu'est-ce que j'ai pu me marrer en lisant ce livre! Il s'est passé 10 ans entre le moment où j'ai commencé à le lire et celui où j'ai pu le finir. Ca en valait presque la peine: je ne connais pas vraiment Hugo malgré sa stature; un certain dieu taquin s'étant penché sur mon pupitre à l'heure où je tâchais de fautes mes copies de français, il m'a comme épargné de ce géant redoutable. J'ai trouvé dans ce livre un grand nombre de poncifs romantiques, sûrement nés avec lui mais l'âge n'aidant pas, ils m'ont paru atrocement vieillots et convenus. Ajoutons à cela un pavé confit de latin à tous les étages qui acheva de me rendre l'oeuvre grotesque.

"Car ne crût-on rien, il y a des moments dans la vie où l'on est toujours de la religion du temple qu'on a sous la main."

quasimodo

allez, pour me faire pardonner mon blasphème, je mets deux images.

Le rideau cramoisi, in Les Diaboliques, Barbey d'Aurevilly, 1874

barbey

" La veille d'un être humain, 'ne fût-ce qu'une sentinelle-, quand tous les autres sont plongés dans cet assoupissement qui est l'assoupissement de l'animalité fatiguée, a toujours quelque chose d'imposant."

Parce que ça me fait pensé à ce que Mishima écrivait sur les néons accentuant la solitude des grandes villes...

" Le roman creuse bien plus avant que l'Histoire. il a un idéal, et l'Histoire n'en a pas: elle est bridée par la réalité."

parce que c'est mignon de fausse naïveté...

Jacques le fataliste et son maître, Diderot, 1765-1784

jacques

"Tous dans cette maison nous avons peur les uns des autres, ce qui prouve que nous sommes tous des sots."

Jolie formule de l'humanité que la peur de l'altérité et le territorialisme rend stupide et méfiante.

La guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux, 1935

troie

On m'a dit récemment ( merci et félicitations à certaine nouvelle CAPESsienne de mon entourage!) qu'on ne considérait pas Giraudoux comme un dramaturge mais plutôt comme un romancier. Ca tombe bien; j'étais troublée par mon admiration pour ses pièces, moi qui déteste le théâtre. Je ne lis pas cette pièce comme une pièce mais bien comme un roman; je fais pareil avec le Roi se meurt de Ionesco et je ne m'en porte que mieux.

"Ce que les hommes de l'art découvrent au prix de grands efforts paraît futile à plus experts qu'eux."

aah... l'histoire de ma vie et de mes enthousiasmes puérils.

"Les nations comme les hommes meurent d'imperceptibles impolitesses."

grandiose dans la justesse de sa dérision.

La vie devant soi, Romain Gary, 1975

gary

Je ne vais pas revenir sur l'imposture littéraire de ce livre. Je me contenterais de déclarer mon admiration pour l'oeuvre de cet auteur, dont je n'ai pour l'instant lu que trop peu d'oeuvres. Comme pour Céline, j'aimerais tout noter tant la langue et les images sont justes et belles.

"Il n'y a rien de plus contagieux que la psychologie."

"Les souvenirs ne peuvent pas lever les yeux."

"Quand on a envie de crever, le chocolat a encore meilleur goût que d'habitude."

Amen!